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Les athlètes aux JO de Pékin : de l’indignation à la compétition

Ecrit par COBOP le 9 juillet 2008 – 0:21

À un mois du début des JO de Pékin 2008, qu’en est-il de la mobilisation « citoyenne » des athlètes ? Que vont faire nos téméraires porteurs de badge « Pour un monde meilleur » une fois qu’ils seront dans le « meilleur des mondes » ? Quel « modèle de citoyenneté » vont-ils offrir à la « jeunesse du monde entier » qui les prendra pour idoles ? Nul n’est sans savoir que le badge, soutenu en son temps médiatique par le Secrétaire d’État Bernard Laporte et par le CNOSF dans le but de ne pas « gâcher les Jeux », est devenu, sous les coups de boutoir d’un gouvernement chinois très menaçant, un « bout de plastique », un « dérivatif » selon le président du CNOSF Henri Sérandour. Les athlètes qui se sentaient citoyens entre deux entraînements ont eu beau affirmer que « les Jeux, au-delà de la marchandisation du sport, des rivalités politiques, des récupérations, représentent ce que l’humanité a de plus pur : le dépassement de soi, la fraternité, l’amitié et le respect entre les peuples », rien ne fit de leurs sentiments de dame patronnesse une intervention institutionnelle prise au sérieux. Même les soi-disant propos humanistes de la Charte olympique qu’ils reprirent à leur compte reçurent une réponse sèche d’Henri Sérandour : « Aucune manifestation tangible de quoi que ce soit pendant les manifestations sportives et pendant le défilé des cérémonies d’ouverture et de clôture. » Cette position intransigeante trouvait sa source en amont, au CIO lui-même qui, par la voix de son Président Jacques Rogge, ressassait ses leitmotive : « Le CIO connaît ses limites. Nous défendons le principe général des Droits de l’Homme, sans entrer dans le domaine spécifique du monde de la politique qui relève de la prérogative des États souverains. […] Le CIO est une organisation sportive. […] Il existe des espaces : le stade, le village olympique, le podium – que nous voulons sauvegarder de toute surenchère politique. […] La politique s’invite dans le sport sans y avoir été convié. » Le mot d’ordre était clair : pas de politique aux JO quand bien même les athlètes chinois seraient tous obligatoirement membres du Parti ! Pas de signes ostentatoires, quand bien même une athlète iranienne viendrait courir avec son hidjab ! Tony Estanguet, le porte-drapeau de la délégation olympique française, en rajoutait dans le ridicule apolitique en déclarant ne pas vouloir devenir un « outil de propagande » et ne pas vouloir « travailler avec des gens qui insultent le sport, les sportifs et les valeurs de l’Olympisme »… Des coups de pagaie, oui, des coups politiques, non !
Renvoyés à leur préparation athlétique comme de jeunes poliçons dans leur bac à sable, les gentils amateurs de la contestation citoyenne se sont alors terrés dans le silence des bêtes. Pendant ce temps, la voix de leurs maîtres, le CIO et le CNOSF, n’a cessé de marteler qu’il ne fallait pas demander aux sportifs ce que les politiques ne pouvaient réaliser eux-mêmes, et surtout que personne ne devait sacrifier leurs rêves de médailles, de drapeaux, d’hymnes et d’honneurs sur l’autel des Droits de l’Homme. Comprenant parfaitement le double langage, les athlètes savaient alors fort bien que pendant les JO ils devront se taire ou seront expulsés de la « grande fête de la jeunesse ». D’autant que le ton du papa olympique s’est sévèrement durci ces dernières semaines ! Dans un nouveau communiqué et dans une direction encore plus répressive, le CIO a en effet précisé à toutes les fédérations sportives le contenu de l’article 51.3 de la Charte olympique. Il entend bien dicter la « conduite des participants sur tous les sites, zones et installations [qui] comprend toute action, réaction, attitude ou manifestation y compris mais pas seulement l’apparence, les vêtements, les gestes, les déclarations écrites ou verbales ». Dès lors, les athlètes que l’on voulait tant protéger d’une « prise d’otage » seront finalement de vrais otages sportifs volontaires parqués dans un camp retranché appelé « village olympique » ! Sous la double houlette du CIO et du Parti communiste chinois, ils rempliront, qu’ils le veuillent ou non, une fonction éminemment politique de dépolitisation et donc de neutralisation des contestations contre le régime chinois.
Au nom même du sport et des valeurs olympiques – développement harmonieux, société pacifique, dignité humaine – une démence sécuritaire se donne ainsi toute licence. Sans doute pour donner de nouveaux gages de sa bonne volonté liberticide au Parti communiste chinois, le CIO s’est également attaqué aux blogs des athlètes dans un nouvel accès de censure et de bouffée délirante militaro-policière. Des directives draconiennes ont été établies par le CIO pour contrôler l’utilisation des blogs et des pages personnelles de l’Internet. Ceux-ci doivent désormais « se conformer à l’esprit olympique et aux principes fondamentaux de l’Olympisme tels qu’énoncés par la Charte olympique, ainsi que respecter la dignité et être de bon goût ». Parler de victoires, de courses, de records, oui… mais parler de politique ou de Droits de l’Homme, certainement pas ! Anticipant les demandes des organisateurs chinois, le CIO a aussi interdit aux athlètes de retracer une quelconque manifestation olympique, de montrer des photos des épreuves sportives, des cérémonies d’ouverture, de clôture ou de remise de médailles. Avec le léger différé de quelques secondes prévu par le Comité d’organisation des Jeux chinois dans la retransmission des épreuves olympiques, le verrouillage est total… Que des records, que du bonheur… Un monde souriant à qui tout sourit…
Le CIO, suivi par les fédérations olympiques nationales, a donc fait la démonstration des contradictions qu’il affectionne tant et qui sont finalement celles du sport moderne : la liberté dans l’esclavage, la paix des stades (pékinois) comme cœur de la violence d’État, l’harmonie du chaos social… En décidant d’encadrer sévèrement les libertés d’expression, de circulation, d’opinion des athlètes, le CIO fait tout simplement le jeu de son alter ego : le régime dictatorial de Pékin. Et si, effectivement, nous pouvons considérer que les sportifs sont des « otages », alors il nous faut admettre que leur psychopathologie infantile évoque le syndrome de Stockholm…
Surmédiatisés en mars dernier, les athlètes « citoyens », démocrates à leurs heures perdues, ont retrouvé le confort moral de leur monomanie compétitive. Que feront-ils en août prochain sur les pistes, dans les piscines et sur les tapis de gymnastique sinon courir, nager et sauter ? Pour l’heure, ils s’entraînent dur et tentent de rattraper le temps perdu… afin de battre les records, de « faire des perf’ ». Or, précisément, sur le plan des « records inouïs » ou encore « époustouflants » réalisés par des athlètes tout droit sortis des usines à champions, Victor Conte (ex-patron du laboratoire Balco), lui-même à peine libéré de prison pour avoir été au centre d’un vaste trafic de stéroïdes anabolisants, nous avertit – et il connaît parfaitement son sujet : les « JO sont une escroquerie. À un moment, vous vous rendrez compte […] qu’il y a un usage massif de produits dopants dans le sport d’élite, olympique comme professionnel, depuis plusieurs décennies. […] Sans donner de chiffres précis, c’est à mon avis l’immense majorité [des sportifs qui est concernée]. »
Manifestation grandiloquente de sociétés ivres de gloire et projetées dans un univers sportif carcéral, les JO seront donc en août prochain l’indicateur de l’état réel des rapports sociaux : la production d’un spectacle de corps monstrueusement machinés et machinalement monstrueux, retransmis par une télévision aux ordres d’un régime non pas autoritaire mais dictatorial, couvert par une presse muselée devant des téléspectateurs chloroformisés.

COBOP


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Posté dans Boycott des J.O. 2008, Revue de presse | Aucun Commentaire »