JO de Pékin : après Tian’anmen, l’écrasement olympique de l’Homme ?
Ecrit par COBOP le 9 juillet 2008 – 0:30C’est désormais quasiment officiel, Nicolas Sarkozy devrait assister en tant que Président de l’Union Européenne à la cérémonie d’ouverture des Jeux les plus controversés de l’histoire de l’olympisme depuis ceux de 1936 à Berlin (Jeux de la croix gammée) et ceux de 1980 à Moscou (Jeux du goulag). En dépit de la « guerre populaire à la vie à la mort » déclarée au mois de mars dernier par l’Armée chinoise contre les populations tibétaines soumises à une colonisation impitoyable, il compte en effet « soutenir le projet de société harmonieuse » de Hu Jintao, chef d’un Parti-État totalitaire qui fait ouvertement régner la terreur dans son pays. Après avoir longtemps fait semblant d’hésiter, Nicolas Sarkozy a donc estimé que la farce d’une « reprise du dialogue » avec le dalaï-lama, voire son invitation à la « grande fête olympique de l’amitié entre les peuples », permettaient d’absoudre les crimes d’un régime liberticide : exécutions capitales à la chaîne, violations massives des Droits de l’Homme et des libertés d’expression, persécution systématique des dissidents politiques, des journalistes, des avocats aux pieds nus, des internautes contestataires, des minorités ethniques ou religieuses, des membres du Falun Gong, trafic d’organes des condamnés à mort, méthodes mafieuses d’intimidation des populations (expropriation des paysans, menaces sur les ouvriers réclamant justice), graves atteintes à l’environnement et au cadre de vie des citoyens, exploitation esclavagiste d’une main d’œuvre parquée dans des camps de rééducation (laogai, laojiao). Le fait qu’une campagne nationale, lancée par les autorités chinoises un mois avant les JO, ait averti les populations que « maintenant nous entrons dans un état de guerre » (AFP, 1er juillet 2008) ne semble pas non plus avoir entamé l’optimisme du Chef de l’État français au sujet du meilleur des mondes olympiques chinois. Et tandis que des mesures militaro-policières draconiennes sont actuellement prises pour mettre au pas toute forme de contestation démocratique, en particulier des groupes de pétitionnaires de plus en plus exaspérés par l’accroissement des inégalités sociales (notamment dans les régions frappées par le récent séisme), Nicolas Sarkozy ose légitimer son voyage d’allégeance au cœur même de l’appareil de propagande chinois en affirmant tout de go qu’en Chine « les débats existent plus qu’on ne le croit ». On croit surtout rêver.
Le gouvernement français qui n’hésite plus à pactiser ouvertement avec diverses dictatures (Libye, Syrie, Russie) a choisi de sacrifier la défense des Droits de l’homme en Chine sur l’autel du réalisme commercial afin de préserver son partenariat stratégique avec le régime totalitaire de Hu Jintao. L’Europe elle-même, qui prétend défendre les « valeurs universelles de la démocratie et de l’humanisme », accepte de se prêter à une piteuse figuration dans un Pékin d’ores et déjà soumis à l’état de siège olympique. Quant à la classe politique française, toutes tendances confondues, elle se tait honteusement, à de rares exceptions près, et admet de donner un visa d’honorabilité à un régime despotique en acceptant d’envoyer des athlètes pour y « concourir loyalement ». Rêves de médailles sans doute…
L’un des paradoxes les plus grinçants de cette immense imposture olympique est que les athlètes, loin de participer à un « monde meilleur » selon le slogan qui a vite fait long feu, vont être eux-mêmes happés par l’ambiance sécuritaire qui règne en Chine et subir l’endoctrinement à la chinoise, mélange de propagande insidieuse, d’intimidation et de « bons conseils ». Nul ne peut ignorer en effet que le CIO a récemment précisé le contenu très strict de l’article 51.3 de la Charte olympique, véritable atteinte à la liberté d’expression la plus élémentaire – du citoyen comme du sportif. Le CIO prétend ainsi dicter la « conduite des participants sur tous les sites, zones et installations [qui] comprend toute action, réaction, attitude ou manifestation y compris mais pas seulement l’apparence, les vêtements, les gestes, les déclarations écrites ou verbales ». Les athlètes seront donc de véritables otages volontaires condamnés au silence et parqués dans un camp retranché appelé « village olympique » ! Sous la double houlette des censeurs du CIO et des agents de sécurité du Parti communiste chinois, ils seront contraints de jouer leur rôle de marionnettes en survêtement, tandis que les journalistes, eux-mêmes étroitement muselés, seront priés de jouer les idiots utiles des communiqués officiels ou les hauts parleurs des « magnifiques exploits ». Ceux-là même qui ont affirmé que le boycott des Jeux de Pékin « prenait en otage » les athlètes acceptent maintenant sans sourciller que les athlètes soient livrés à l’arbitraire du Comité d’organisation chinois qui conçoit le village olympique comme un bagne ou une caserne. Dans un nouvel accès de censure et d’espionnite aiguë le CIO s’est même attaqué aux blogs des athlètes et des directives musclées ont été établies pour contrôler l’utilisation des pages personnelles sur Internet. Celles-ci doivent désormais « se conformer à l’esprit olympique et aux principes fondamentaux de l’Olympisme tels qu’énoncés par la Charte olympique, ainsi que respecter la dignité et être de bon goût ». La novlangue s’impose ! Anticipant les demandes des organisateurs chinois, le CIO a aussi interdit aux athlètes de communiquer sur les manifestations olympiques. Avec le léger différé dans la retransmission des épreuves olympiques imposé par le Comité d’organisation chinois, le verrouillage sera en somme total… Des records, des médailles, des larmes de bonheur… Un monde souriant à qui tout le monde sourit…
Comme le CIO et d’autres responsables occidentaux, Nicolas Sarkozy acceptera, « sauf catastrophe » selon l’expression de l’Élysée, de cautionner par sa présence une gigantesque opération de propagande totalitaire. Or, la « catastrophe » s’est déjà produite et elle perdure, aussi bien au Tibet normalisé que dans les camps et prisons du régime, aussi bien dans les régions soumises à la dictature de l’Armée populaire que dans les quartiers rasés de Pékin. Il est donc bien clair, surtout du point de vue du calcul cynique des dirigeants chinois, que les responsables politiques, dirigeants sportifs, athlètes, journalistes qui se rendront aux JO de Pékin accepteront d’être complices de l’auto-glorification de la plus grande dictature de la planète.
COBOP
Tags: droits de l’homme
Posté dans Boycott des J.O. 2008, Revue de presse |














