Déclaration du COBOP 29 Septembre 2007
Ecrit par cobop le 18 avril 2008 – 12:17A Moscou, en juillet 2001, le Comité international olympique (CIO) confia à la ville de Pékin l’organisation des Jeux olympiques d’été 2008. Cette décision place ainsi la Chine en position de modèle politique, social, économique et sportif pour toute la planète. Or, le Parti-État chinois, qui liquida dans le sang ses opposants lors des événements de Tien An Men en 1989, continue de bafouer les droits démocratiques élémentaires, multiplie les camps de concentration (de “rééducation” et de “travail”) et développe une géopolitique d’agressions en soutenant notamment la junte militaire birmane, le fou de Téhéran et les bouchers de Khartoum. La charte olympique n’y changera rien. L’histoire prouve que le CIO ne respecte pas ses idéaux de “fraternité”, de “paix” et d’“amitié”. Après les Jeux de la croix gammée (Berlin 1936), les Jeux du goulag (Moscou 1980), voici les Jeux du despotisme d’État totalitaire et de l’esclavagisme sportif. Derrière le voile idéologique du “plus grand show sportif de l’histoire”, un véritable projet de mondialisation se dessine. Pékin en sera l’incarnation spécifique, après d’autres villes (Mexico en 1968 ou Los Angeles en 1984) et avant de nouvelles (Londres en 2012, etc.). Pour nous, la “machinerie silencieuse de l’olympisme” voulue par Coubertin doit cesser de nuire !
Cinq raisons nous poussent à demander le boycott des JO de Pékin :
1- Le gouvernement chinois tente de briser tout ce que la Chine compte de dissidents, d’opposants, d’insoumis, d’intellectuels critiques, d’avocats aux pieds nus, de pauvres, d’improductifs et de syndicats libres. Il pratique les détentions administratives et abusives, recourt à la torture et à la peine de mort. L’organisation de ces J. O. accélère la destruction de nombreux quartiers populaires (hutongs) et sites historiques dans le cadre d’une urbanisation sauvage dirigée contre les populations les plus pauvres (expropriations de terres, etc.). La reconnaissance internationale des Jeux, consacrée par le consensus olympique, donnera un visa d’honorabilité à ces violences.
2- La Chine a des visées de conquête sur Taïwan, poursuit une offensive diplomatico-guerrière à l’encontre du Japon, terrorise la région autonome des Ouïghours, colonise le Tibet et ne s’oppose ni au génocide qui a lieu au Darfour, ni à la répression sanglante que fait subir la junte militaire birmane aux manifestants pour la démocratie, ni à la fabrication de la bombe atomique par le régime antisémite de Téhéran. Grâce aux illusions de « paix et d’amitié entre les peuples », les Jeux olympiques vont servir d’écran à ses stratégies bellicistes et exterminatrices.
3- Dans la logique même de la compétition sportive, l’élevage sportif chinois est le prolongement d’un système d’encadrement de la population qui avait déjà cours en RDA, en Roumanie, en URSS et à Cuba. Le dopage, la surveillance et la punition sont érigés en système de contrôle. Les robots anabolisés et transfusés sont lancés à l’assaut des podiums.
4- Le CIO, comme toute honorable société, coopte ses membres parmi les hommes d’affaires, les conseillers politiques, les aristocrates, les financiers et les champions reconvertis dans le lobbying. La corruption de certains de ses membres a été révélée par de nombreux scandales. Ce n’est certainement pas d’une multinationale aux fonctionnements occultes, qui défend ses propres intérêts, que nous pouvons attendre une démocratisation de la Chine. La signification des J. O., bien loin des rêves de « fête », réside dans une stratégie de croissance du marché et de l’affairisme. La manoeuvre diplomatique du CIO consiste bien, à l’occasion des J. O. 2008, à soutenir un régime totalitaire esclavagiste.
5- Et enfin, le matraquage médiatique du spectacle olympique va abrutir le plus grand nombre au moment même où la vigilance doit être accrue. 40 milliards de dollars seront dépensés pour imposer des « réjouissances » de quinze jours dans un pays où la population opprimée manque de tout. Le gaspillage de la fête olympique est une véritable insulte à la misère du monde !
Boycotter les JO, c’est selon nous donner un signe fort aux victimes de l’oppression dictatoriale et aux résistants à cette oppression qui sont aujourd’hui emprisonnés, pourchassés et lentement anéantis sans qu’aucun chef d’État démocratique n’intervienne en faveur de leur libération. C’est se mettre du côté des victimes de la barbarie, du côté de ceux qui souffrent, pas du côté des barbares et des bourreaux. Du côté de Hu Jia, Wei Jingsheng, Harry Wu, Chen Shu Qing, Chen Guangcheng, Gao Yaojie, Rebiya Kadeer et tant d’autres, pas du côté des bureaucrates corrompus du régime chinois, du comité olympique de Pékin ou du CIO qui font leurs affaires pendant qu’on extermine.
C’est donc selon nous un mot d’ordre très précis :
— la non participation de la délégation française et par extension des autres délégations internationales aux Jeux de la tyrannie chinoise ;
— l’engagement de l’État français à n’allouer aucun crédit et à ne fournir aucun visa aux sportifs olympiques français ;
— la condamnation politique par l’État français du régime dictatorial et belliqueux de Pékin ;
— la libération des prisonniers politiques et dissidents chinois dont la liste est dressée par plusieurs associations de défense des droits de l’homme ;
— la non retransmission de l’événement ;
— l’engagement des journalistes démocrates à informer dès maintenant les citoyens sur : - les conditions économiques, sociales et politiques réelles de vie du peuple chinois ; - le contexte d’entraînement des athlètes chinois (dopage, embrigadement) ; - les modalités d’organisation de la « fête olympique » (les financements et le cadre sociopolitique de la construction des sites olympiques, les accords entre CIO, COBJO, patrons des multinationales et membres du gouvernement chinois).
Si nous ne voulons pas que le XXIe siècle reproduise l’âge totalitaire, génocidaire et criminel que fut le XXe siècle, nous ne devons donc pas donner à la Chine l’occasion de faire ses « Jeux de Berlin », l’occasion de renforcer le nationalisme, la xénophobie, l’esprit guerrier et conquérant d’un peuple chinois de plus en plus soumis au pouvoir du Parti unique.
La campagne de boycott des Jeux de Pékin soulèvera fréquemment quelques questions décisives : est-il moralement admissible de venir célébrer la « paix, l’amitié et la fête » entre des camps de travail ? Les clameurs du stade doivent-elle étouffer les protestations des victimes de la répression ? Est-il pensable que le faste pharaonique des cérémonies olympiques puisse camoufler la misère de centaines de milliers de déshérités ? L’essentiel est-il vraiment de participer à la glorification d’un régime autoritaire qui fait du sport un pur instrument de propagande ? Pour nous la réponse est claire : on ne peut pas, en France, prétendre défendre les grands principes démocratiques et accepter de se faire complice d’un État qui les viole massivement, en utilisant de surcroît les JO pour se donner des airs de respectabilité internationale. La seule manière de faire pression sur la Chine qui ne cesse de soutenir les régimes criminels de Khartoum et Téhéran ainsi que les généraux birmans est le boycott des Jeux. C’est la seule manière d’arrêter les massacres et déportations de masse des populations civiles au Darfour. C’est la seule manière de faire stopper les tabassages à mort des bonzes manifestant pour la démocratie dans les rues de Rangoon. C’est aussi la seule manière de ne pas être complice des crimes contre l’humanité commis sous les flonflons olympiques.
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